Comparaison
et respect de l’œuvre originale
Les
Liaisons dangereuses
narrent les péripéties de la jeune Cécile Volanges âgée de
quinze, qui vient de quitter son couvent pour épouser le comte de
Gercourt, et découvrir le "monde" pour la première fois.
Mais une de ses parentes, la marquise de Merteuil (cousine de sa
mère), compte utiliser cette coïncidence pour se venger de
l’infidélité que lui cause Gercourt en la délaissant pour une
jeune épouse vierge (Cécile). Elle fait du vicomte Valmont son
complice, afin qu’il pervertisse Cécile avant ses noces et ainsi
infliger un affront à Gercourt en lui faisant épouser une femme
déflorée hors mariage. Valmont ne l’entend pas de cette manière,
il a d’autres projets : séduire la présidente de Tourvel, qu’il
à rencontrée dans le château de sa vieille tante. Pendant ce temps
la marquise de Merteuil trompée par sa haine, désire se venger.
L’œuvre comporte plusieurs personnages principaux :
- Cécile de Volanges : jeune fille naïve fraîchement sortie du couvent se retrouvant être l'un des pions de la marquise. Amoureuse du chevalier Danceny, ils se déclareront leur amour par lettre, manipulés par la marquise et le vicomte.
- La marquise de Merteuil : femme intelligente, belle et séductrice, aimant à manipuler les autres. Elle attache une grande importance à son image dans la société et cachera sa véritable nature jusqu'à ce qu'elle soit dévoilée malgré elle. Son orgueil et son excessive confiance en ses capacités, causeront sa perte.
- Le vicomte de Valmont : homme séduisant sans morale, ex-amant et compagnon de jeu de la marquise de Merteuil -pour qui il garde encore de profond sentiments et respects. Moins attaché à sa réputation que la marquise, il est connu pour être un séducteur et se joue de l’opinion publique qu’il méprise. Il se laissera prendre au jeu de l’amour, Valmont tombe réellement amoureux de la présidente Tourvel. Mais ces sentiments nouveaux lui font peur, il n'arrive pas à les accepter et il la quitte. Ce sont ses mêmes sentiments envers la présidente de Tourvel qui causeront sa perte. Il mourra des suites de la blessure infligée par Danceny lors de leur duel pour l'honneur de Cécile. Finalement blanchi de tous ses crimes, et pardonné par le chevalier Danceny, Valmont gagne son duel contre la marquise de Merteuil.
- La présidente de Tourvel : victime de son éducation, elle ignore tout de l'hypocrisie, du mensonge, de l'artifice. A l'exact opposé du vicomte et de la marquise. Elle se montre telle qu'elle est, sans artifice ou dissimulation (il en va de même pour l'expression de ses sentiments envers le vicomte).
- Le chevalier Danceny : amant de Mme de Merteuil et de Cécile (son premier amour) encore inexpérimenté, il a une conception romantique et naïve (avant l'heure) de l'amour. Enthousiaste au premier regard, désespéré au premier silence, Danceny est un personnage qui ne sait pas maîtriser ses émotions. Comme Cécile, il est tombé dans le piège des deux libertins. Mais contrairement à elle, il prend le parti de se venger de Mme de Merteuil, et de venger Valmont en lui rendant justice (ainsi qu'à Prévan) en publiant les lettres 81 et 85. Il sera donc la cause de la chute sociale de Mme de Merteuil.
Mais
aussi des personnages secondaires :
- Madame de Volanges et la comtesse de Rosemonde : femmes droites et justes aux mœurs saines. Respectivement mère de Cécile et tante de Valmont.
Les
Liaisons dangereuses est
une œuvre majeure de la littérature mais aussi culturelle, dès sa
sortie le scandale fut immédiat. Son thème du libertinage jugé
comme un affront envers l'étique morale et un défie contre
l'Eglise, l'état et les règles de la société –le livre fut
condamné quatre fois au cours du 18ème siècle pour outrage aux
bonnes mœurs. Roman avant-gardiste n'hésitant pas à émettre une
critique de sa société. Plus tard il trouvera l'appui de nombreux
illustres auteurs tels que Baudelaire, Giraudoux, Malraux ou encore
Vaillant, tous vantant une interprétation de lecture différente
mais plausible sur les intentions de Laclos avec son roman. Etant un
ouvrage incontournable, il a connu plusieurs adaptations
cinématographiques. Nous nous sommes intéressés pour notre étude
à trois films occidentaux, Les
Liaisons dangereuses de
1960 par Roger Vadim, Valmont
de 1989 par Milos Forman,
et Dangerous Liaisons
de 1988 par Stephen Frears.
Les
films étant des adaptations du roman, ils demeurent majoritairement
fidèles à l’œuvre. Ainsi les noms des personnages, leurs
caractéristiques morales et les liens qui les unissent sont
conservés. Il en va de même pour l’histoire et le respect de
l'époque. Mais parfois les réalisateurs se permettent quelques
libertés scéniques. En effet, Vadim changera quelques liens entre
ses personnages, Juliette Merteuil se retrouve mariée à Valmont, et
Cécile sera la cousine de ce dernier. Le film réadaptant l’histoire
à une époque différente, les personnages ne conservent pas leur
titre de noblesse. En revanche, ils appartiennent toujours à la
classe aisée.
Dans le
roman, les regrets qu’a la présidente de Tourvel de s'être donné
corps et âme à Valmont avant qu’il ne la répudie, sont plus
accentués que dans les trois films. A la lettre 161 : "Oh
! Mon aimable ami ! Reçois-moi dans tes bras [...] Ne nous séparons
plus, ne nous séparons jamais. Laisse-moi respirer. Sens mon cœur,
comme il palpite...", "[…] Que cette lettre t'apprenne
mon repentir." " Le ciel a pris ta cause : il te venge
d'une injure que tu as ignorée". Elle adresse ces dernières
excuses à son mari. Les mœurs et son éducation puritaine
l'obligent à se condamner seule de sa faute, se lamentant plus de la
parjure infligée à son époux qu'à sa propre tristesse. C'est
d'ailleurs sûrement par cette sensation ressentie, que Frears fit le
choix de tuer la présidente dans on adaptation, celle-ci ne pouvant
survivre à la perte de son amour, de ses valeurs.
Dans les trois
films, le personnage du vicomte de Valmont apparaît plus humanisé
que dans le roman. Par le jeu d’acteur, son amour pour la
présidente de Tourvel est plus accentué et mis en avant. Dans son
adapaptation avec John Malkovitch dans le rôle de Valmont, Frears
retranscrit les sentiments du vicomte par ses yeux, effectuant des
gros plans sur son acteur lors d'une scène intense. Ainsi grâce à
se procédé, le réalisateur nous offre sa vision subjective de la
scène, accent l'intention du spectateur sur la sincérité des
sentiments de Valmont par son jeu de regard. On perd l'aspect
libertin "intransigeant" au profil de l’amoureux transi.
Cette humanité du personnage est plus remarquable encore dans
l'adaptation de Forman, où Valmont est dépeint comme "un
éternel jeune homme qui a tellement peur des engagements qu'il
préfère finalement sacrifier son seul amour à sa liberté".
Forman dira lui-même de son personnage "J'ai
consacré beaucoup de temps à poursuivre cet état d'ivresse et
de grâce qui survient quand plus rien n'existe que vous et l'être
aimé. […] Dans ma version des Liaisons
dangereuses, c'est cet
état bien particulier, cette intensité émotionnelle que recherche
Valmont. Cet homme à femmes, ce libertin dont les conquêtes ne
se comptent plus, aspire en réalité à une relation plus
profonde. Et quand il la trouve enfin, ironie du sort, auprès de
Mme de Tourvel, vertueuse épouse d'un juge de paix, il en
est tellement effrayé qu'il la rejette et se précipite lui-même
dans un duel suicidaire". De
plus dans le roman, Valmont
viole Cécile qui avortera ensuite, alors que chez Forman, Cécile se
laisse séduire volontairement par le Vicomte, avouant plus tard à
la marquise "que ce fut très beau".
Le
dernier gros point convergent entre l'œuvre et son adaptation, se
trouve dans le film de Forman, où Mme de Merteuil apparaît
autrement. En effet, dans le roman elle est rejetée de tous, ruinée,
et enlaidie par la petite vérole. Mme de Volanges dira à la lettre
175 : "elle est affreusement défigurée ; et elle y a
particulièrement perdu un œil. [...] On m'a dit qu'elle était
vraiment hideuse". La marquise fuit en Hollande pour échapper
au mépris de la société parisienne, alors que dans l’œuvre de
Forman, personne ne sait ses responsabilités dans toute cette
histoire. Elle demeure victorieuse de Valmont, impunie aux yeux de
tous et garde sa renommée sociale.
Hormis
quelques changements opérés par les réalisateurs, les adaptations
filmiques demeurent fidèles à l’œuvre originale et
retranscrivent scrupuleusement la succession des évènements et les
caractères des personnages. Pour des plus gros changements tels que
Forman l’a fait en sauvant la marquise de la disgrâce, nous
pouvons les traduire par une volonté et une lecture personnelle du
réalisateur de changer la fin originale en une fin fantasmée. En
effet, Forman a refusé d'acheter les droits d'auteurs pour conserver
des libertés par rapport au roman de Laclos.
Il revendique le droit à la
liberté d'imaginer à partir de ce qui est suggéré par l'écriture
Laclos. Chacun à sa manière, les trois réalisateurs ont sut
partager et communiquer à un large public l'œuvre littéraire de
Laclos, offrant chacun leur lecture.
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