Partie II

Analyse des sentiments et évolution des personnages 


Dans son roman, Pierre Choderlos de Laclos introduit deux nuances au libertinage de ses personnages principaux. Pour Valmont il s'agit seulement d'un jeu pour se distraire, alors que pour Mme Merteuil c'est à la fois une vengeance qu'elle exerce à l'encontre Gercourt et une preuve de domination envers les hommes. Nous rappelons qu’à l’époque les femmes étaient sous la dominance masculine (pères, frères, maris). Nous le comprenons grâce à la lettre 81, qui est une correspondance de la marquise de Merteuil au vicomte de Valmont : " Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. […] née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j’ai su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi. " De plus fidèle au règle du libertinage, Laclos introduit dans son roman des stéréotypes. Ainsi les personnages sont en effet typiques du roman libertin ; faisant suite à la tradition du libertinage de mœurs inspirée par Crébillon fils Les égarements du cœur et de l'esprit. Dans le rôle des libertins-maitres du jeu nous retrouvons Valmont et Merteuil, dans celui des jeunes naïfs Cécile et Danceny et le rôle des pieux est interprété par la présidente de Tourvel, Mme de Rosemonde, et Mme de Volanges. Toujours dans le respect des règles du roman libertin, Laclos accorde une importance à la symétrie des oppositions des personnages. Comme par exemple l’opposition entre les personnages mal intentionnés et les personnages bienveillants, puis l’opposition entre personnages masculins et féminins, et enfin l’opposition entre les personnages innocents et les libertins.

Tout au long du roman, les personnages et leurs relations ne cessent d’évoluer. L’évolution relationnelle la plus importante, et celle entre Merteuil et Valmont. Durant le roman cette relation particulière ne fait que se dégrader. Leur relation évoluera de manière tragique, passant de l'amour à la haine. Au commencement les deux personnages sont très proches. Ils sont liés par un objectif commun qui est de répandre le libertinage. Le « nous » est très récurrent dans leur lettres. Mais ils finissent par s'éloigner l'un de l'autre quand Valmont refuse d'aider Mme de Merteuil avec Cécile, surtout lorsque Valmont choisit de se rapproche de plus en plus de la présidente de Tourvel, jusqu'à en tomber amoureux. Suite à ce rapprochement la jalousie de Mme de Merteuil éclate, et ne possède plus d'emprise sur le vicomte. Elle désapprouve cet amour contraire au principe du libertinage et fera tout pour l'arrêter. A la Lettre 10, de Merteuil à Valmont " Déjà vous voilà timide et esclave ; autant vaudrait être amoureux. "
Mais la véritable fin de leur entente et le commencement de leur affrontement débute, à la lettre 153 " […] le moindre obstacle mis de votre part sera pris de la mienne pour une véritable déclaration de guerre : vous voyez que la réponse que je vous demande n’exige ni longues ni belles phrases. Deux mots suffisent. " Ce à quoi la marquise de Merteuil répondra au bas de cette même lettre : " Hé bien ! La guerre. " Et les deux personnages se à risquent détruire l'autre à tout prix. Ils tentent de s’atteindre en jouant sur les faiblesses de l’autre. Valmont prouve à Mme de Merteuil que Danceny n’a pas de réelle attache pour elle, et n’aime que Cécile. Pour se venger, Merteuil révèle à Danceny que Valmont a mis enceinte Cécile. Danceny le provoquera donc en duel. Puis leur descente en enfer prend enfin tout son sens quand Valmont meurt et qu’il remet sa correspondance avec Merteuil à Danceny. Ce dernier publie certaines lettres de la marquise qui feront scandale. Suite à la petite vérole qu'elle à contracté, Merteuil est défigurée, et perd un œil. Elle est endettée et déshonorée ; elle fuit donc en Hollande.
La deuxième relation la plus importante et tragique, et celle entre Valmont et Tourvel. Leur relation débute par le jeu de manipulation et de séduction de Valmont, suite à son pari avec la marquise de Merteuil. Valmont se montre charmant avec elle tente de dissimuler sa véritable nature pour l’amadouer. Tourvel fait tout pour le repousser après les recommandations de Mme de Volanges lettre 32" Quand il ne serait, comme vous le dites, qu’un exemple du danger des liaisons, en serait-il moins lui-même une liaison dangereuse ?" Mais elle finit par lui trouver des qualités, et apprécie de plus en plus sa compagnie, jusqu’à tomber amoureuse de lui (ce qui est contraire à ses principes : elle est déjà mariée).
Une fois qu’elle se rend compte de ses sentiments, elle fait tout pour les dissimuler. Elle supplie Valmont de partir, elle invoque dans cette lettre la force de son amour "si vous m’aimez, je vous prie partez". Valmont revient à la charge, lettre 36 de Valmont à Mme de Tourvel : " Dévoré par un amour sans espoir, j’implore votre pitié et ne trouve que votre haine : sans autre bonheur que celui de vous voir, mes yeux vous cherchent malgré moi, et je tremble de rencontrer vos regards. ", elle se laisse submerger par ses sentiments envers lui, et entame une liaison qu'ils entretiennent, brisant toutes les valeurs et tous les serments qui dirigent sa vie. Alors que la présidente de Tourvel se trouve de plus en plus éprise par Valmont, celui-ci la quitte dans une lettre de rupture cinglante et cruelle " Adieu, mon Ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. " (" Petit modèle épistolaire " pré écrit par la marquise lettre 141). Valmont irrité par la marquise ne pense pas à la conséquence d'une telle lettre, il désirait bien trop se raccommoder avec elle pour se soucier de la présidente de Tourvel. Il écrit son exploit à la marquise lettre 125 "La voilà donc, vaincue, cette femme superbe qui avait osé croire qu’elle pourrait me résister !" Valmont part en guerre contre Merteuil lorsqu'il se rend compte qu'elle s'est jouée de lui, " Oui, Vicomte, vous aimiez beaucoup Mme de Tourvel, et même vous l’aimez encore ; vous l’aimez comme un fou : mais parce que je m’amusais à vous en faire honte, vous l’avez bravement sacrifiée. " et tente de reconquérir la présidente de Tourvel. Mais il meurt dans un combat d'honneur contre le chevalier Danceny. La présidente se laisse mourir de chagrin après avoir appris la mort du vicomte, comme le montre la lettre 173, de Mme de Volanges à Mme de Rosemonde" Adieu, ma chère et digne amie. Je vois bien dans tout cela les méchants punis ; mais je n’y trouve nulle consolation pour leurs malheureuses victimes."
Les relations évoluent en parallèle avec leurs personnages. Trois évolutions de personnages se distinguent particulièrement des autres : le vicomte de Valmont, Cécile de Volanges, et le chevalier Danceny. Cécile de Volanges, la fille de Madame de Volanges et cousine de la marquise de Merteuil, âgée de 15 ans sortant du couvent, où elle a été éduqué dans l'ignorance et l’innocence. Jeune fille ingénue, destinée à demeurer ignorante et pure jusqu'à son mariage. Sa rencontre avec les deux libertins entrainera le début de sa déchéance et ses premiers pas vers la voie du libertinage.
Alors que sa mère aspire à la marier vierge, au comte de Gercourt, l’ancien amant de la Marquise de Merteuil. Cette dernière en proie à un excès de rage et de jalousie, manigance avec l’aide de Valmont une vengeance pour que Cécile perde sa virginité avant son mariage. Elle demandera au vicomte de Valmont de séduire Cécile et de la former à la joie du libertinage.
Cécile, par sa naïveté, succombe rapidement à l'emprise de Valmont. Au fil du temps, Cécile devient une femme libre, et s'affranchit sexuellement grâce au Vicomte de Valmont qui lui apprend les jeux du plaisir. Suite à ses relations avec le vicomte elle tombe enceinte et perdra le bébé suite à une fausse couche. Après le mort du Vicomte, Cécile décide de retourner au couvent, pour devenir religieuse, et se faire pardonnée de ses péchés.
Danceny jeune ingénu, également manipulé par les deux libertins, évoluera lui aussi durant le roman. Danceny été au début considéré par la marquise comme « un jeune homme trop romanesque ». Suite au cours de musique qu’il enseignera à Cécile, Danceny tombera amoureux de son élève. Mme de Merteuil se servira de cette faiblesse contre les deux adolescents. Elle manipulera Danceny et Cécile en contrôlant leur relation. Danceny éprouvera aussi de forts sentiments pour Mme de Merteuil. Encore inexpérimenté dans l’exercice des passions, il ressentira beaucoup d’admiration pour la marquise. Danceny a une conception naïve et romantique (avant l'heure) de l'amour. Enthousiaste au premier regard, désespéré au premier silence, Danceny est un personnage qui ne sait pas maîtriser ses émotions. Comme Cécile, il est tombé dans le piège des deux libertins. Mais contrairement à elle, il prend le parti de se venger de Mme de Merteuil, et de venger Valmont en lui rendant justice (ainsi qu'à Gercourt) en publiant les lettres 81 et 85. Se libérant de l’emprise de Mme de Merteuil, il sera la cause de sa chute sociale.
Le personnage de Danceny et Cécile est comparable en plusieurs points. Mais c’es à la fin de du roman que l’on constate de leur différence. Bien que tous les deux trompés par les libertins, et tous deux décidés à rejoindre le couvent pour expier leurs fautes, seul Danceny aura le courage et l'idée de dénoncer les agissements de la marquise en les rendant publics, alors que Cécile affublée par la honte préféra se faire oublier.
Et enfin le vicomte de Valmont est, avec la Marquise de Merteuil, le personnage principal Des Liaisons Dangereuses. Ils sont d'ailleurs les deux images du libertinage dans le roman. Fortuné, beau et libre, Valmont est un libertin cynique dont le cœur n'a jamais été réellement conquis.
Dans le jeu de l'amour, Valmont recherche le plaisir physique. Il aime le jeu de séduction et être le meneur de batailles amoureuses, tout en étant le vainqueur. Il se livre en quelque sorte à un jeu malsain avec la ne, la marquise lui promet un retour de leur relation. Marquise de Merteuil dont le but est de savoir lequel des deux est le perfide. Si ce dernier gagne, la Marquise lui promet un retour de leur relation.
Valmont souhaite séduire la Présidente de Tourvel, pour son plaisir malsain de toujours séduire et dépraver une nouvelle femme dévote. Mais Valmont se retrouve piéger et séduit par cette femme. Par orgueil, et voulant à tout prix garder son amitié avec la Marquise, il rompt, à contre cœur avec la Présidente de Tourvel, la seule femme dont il est tombé véritablement amoureux.

Pensant qu'il sera libéré de son amour après sa séparation avec la Présidente de Tourvel, c'est au contraire à ce moment précis qu'il se rend compte qu'il est fou d'elle. Suite à cette relation, le Vicomte n'est plus le même homme qu'au début du roman. Loin du séducteur libertin, il comprend trop tard, que "l'on est heureux que par l'amour" comme il le dit lui même dans une lettre (155) envoyé au chevalier Danceny, (le 5 décembre 17..) ; celui qui le tuera en duel.

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